Retour Accueil / Faq / FAQ Algues vertes

Faq

Foire aux questions algues vertes

Les questions sur les algues vertes apparaissant ci-dessous ont été posées par les internautes via notre espace participatif  ,   ouvert sur ce thème entre novembre et décembre 2010.

Les réponses ont été apportées par la Mission Interdépartementale et Régionale de l'Eau.

Pour en savoir plus sur les algues vertes, consultez notre rubrique "Plan de lutte contre les algues vertes"

Qu'est-ce qu'une marée verte ? Pourquoi la Bretagne est-elle spécifiquement touchée ?

 Toutes les algues de couleur verte que l’on retrouve tout au long des côtes, et qui selon les années poussent plus ou moins abondamment, ne constituent pas une marée verte. Deux espèces d’algues sont particulièrement impliquées :
- Ulva armoricana se rencontre essentiellement sur les côtes nord de la Bretagne,
- Ulva rotundata ne se retrouve qu’en Bretagne Sud.
Les algues vertes se développent dans des baies sableuses peu profondes, où la conjonction de trois facteurs est propice à leur développement :
- Eaux riches en azote et sédiments riches en phosphore
- Température de l’eau et éclairement suffisants
- Géographie propice au confinement de la biomasse formée et des nutriments (baies fermées ou à confinement dynamique par la marée)
La configuration physique de certaines baies bretonnes, associée à des quantités importantes de nutriments d’origine agricole et urbaine, apportés par les rivières jusqu’à la mer, favorisent la prolifération des algues.

Pourquoi les algues vertes sont-elles toxiques ?

Lorsque les algues vertes sont échouées depuis plusieurs jours en grande quantité, exposées au soleil, la surface des amas d’algues sèche en formant une croûte blanchâtre. Sous cette croûte règne une forte obscurité interrompant la photosynthèse et créant des conditions de fermentation. Ce phénomène génère alors des émanations d’ammoniac et d’un autre gaz très toxique à haute concentration, le sulfure d’hydrogène (H2S).

La rupture de cette croûte provoque le dégagement de ce gaz, dans des concentrations qui peuvent être dangereuses pour la santé. L’odeur d’œuf pourri est caractéristique de la présence de sulfure d’hydrogène. 

Quelles sont les mesures mises en place pour lutter contre ces marées vertes ?

 Un « plan de lutte contre les algues vertes » a été présenté pour le gouvernement le 5 février 2010.
Dans les baies où les échouages d’algues vertes sont importants, des instructions de ramassage quotidien ont été données, afin d’éviter leur décomposition, et donc le risque d’émanations gazeuses.
De plus, des ramassages en mer et dans le rideau (frange située en bas de plage, de faible profondeur, où prolifèrent les algues) sont expérimentés cette année en baie de Lannion. Ces expérimentations ont pour objet de vérifier qu'un déstockage des algues pourrait réduire l'importance de la marée verte.
Enfin, il s'avère que le principal levier d'action pour la limitation de la prolifération des algues vertes est l'azote, dans la mesure où un stock important de phosphore d'origine agricole, urbaine et naturelle est déjà présent dans les sédiments.
A ce titre, des programmes d’action locaux permettant de limiter les flux d’azote vers les côtes seront déclinés dès 2011 dans les 2 baies pilotes.

Pourquoi les échouages sont-ils variables d’une année sur l’autre ?

Les quantités totales, ainsi que les répartitions spatiales et temporelles des échouages varient très fortement d’une année sur l’autre. Ainsi, un pic de 90 000 tonnes a été atteint en 2009, alors qu’en 2010, la pression d’algues a été, d’une manière générale, sensiblement inférieure aux années précédentes (40 000 tonnes environ au 1er septembre 2010). Cela peut s’expliquer par de basses températures de l’eau enregistrées en hiver, conjuguées à de faibles précipitations de printemps.
Le suivi des volumes d’algues vertes au fil des années a néanmoins permis d’identifier huit baies régulièrement touchées par des marées vertes. Ce sont d’ailleurs les 8 baies concernées par le plan de lutte contre les algues vertes (baie de la Fresnaye, baie de Saint Brieuc, baie de Lannion, anse de Locquirec, anse de l’Horn-Guillec, anse de Guisseny, baie de Douarnenez et baie de Concarneau).

Quel est le tonnage d'algues vertes ramassées depuis 1998 sur le littoral des Côtes d'Armor, ou à défaut en Bretagne ?

En Baie de Saint-Brieuc, les tonnages ramassés annuellement s'élèvent à environ 13 000 tonnes, avec un pic de 25 000 tonnes atteint en 2009. En Baie de Lannion, ils s'élèvent à environ 19 000 tonnes, avec un pic de 27 600 tonnes atteint en 1993.

Si l'on cumule les quantités ramassées sur le littoral costarmoricain depuis 1998, on atteint un total d'environ 420 600 tonnes. Il convient néanmoins de rappeler que les quantités ramassées sont connues de façon plus fiable depuis quelques années, et plus particulièrement depuis que le plan algues vertes recommande un ramassage quotidien des algues échouées.

La filière porcine est apparemment en crise, les éleveurs ne rentrent soi-disant pas dans leurs frais. Le lisier est paraît-il une source de pollution et de prolifération des algues vertes. Pourquoi dans ce cas les communes continuent-elles à donnner des autorisations d'extension pour des porcheries (ex : Pouldreuzic) ?

La prolifération des algues vertes est liée à la conjonction de plusieurs facteurs, dont la présence d'azote apporté par les rivières jusqu'à la mer. Cet azote est présent sous la forme de nitrates, et il apparaît que son origine est principalement agricole. Lorsqu'ils ne sont pas épandus dans des conditions encadrées, les effluents animaux tels que le lisier et le fumier peuvent effectivement être à l'origine de fuites de nitrates dans les cours d'eau, car ils constituent des sources d'azote importantes. C'est pour cela que le volet préventif du plan algues vertes a pour objectif de limiter les flux d'azote vers les côtes. Des mesures renforçant le respect de l'équilibre de la fertilisation et du calendrier d'épandage sont ainsi mises en oeuvre dans les exploitations agricoles des baies algues vertes, complétant le cadre réglementaire auquel sont déjà soumises les installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) telles que les porcheries. 

D'où vient le soufre que contiennent les algues vertes, et qui donne de l'hydrogène sulfuré lors de la fermentation sur les plages ?

Le soufre est omniprésent sur Terre : on le trouve à l'état natif dans les volcans en activité mais c'est surtout sous forme de sulfates comme dans le gypse, minéral avec lequel on fabrique le plâtre (=sulfate de calcium), et de sulfures telle la pyrite (sulfure de fer) qu'on le rencontre naturellement. Il faut noter qu'une modification du cycle du soufre a eu lieu depuis l'ère industrielle avec la dissémination de grandes quantités de cet élément dans l'environnement, notamment par la combustion de produits fossiles. Le milieu marin n'en est donc pas dénué puisque l'atome de soufre est le 6ème  Ã©lément de la composition de l'eau de mer après l'hydrogène, l'oxygène, le chlore, le sodium et le magnésium.

Le soufre est aussi naturellement présent dans les organismes vivants où il est constitutif de certains acides aminés soufrés (méthionine et cystéine). Il participe aux processus métaboliques et entre dans la composition des membranes et de différentes molécules intra ou intercellulaires. les organismes vivants en contiennent entre 1 et 2%.

Les algues vertes en contiennent à peu près dans ces proportions avec cependant une plus forte concentration en polysaccharides soufrés (ulvanes) présents dans leurs parois celllulaires. Ces polysaccharides auraient selon certains chercheurs un rôle de répulsif vis-à-vis des brouteurs marins et un effet hydratant propice à la survie de l'ulve lors de sa mise à l'air libre entre deux marées.

Ce soufre peut, comme pour tout organisme vivant, être libéré sous forme principalement d'hydrogène sulfuré (H2S) en conditions de fermentation anaérobie (sans oxygène) et ces conditions sont souvent rencontrées dans les andains d'algues apportées sur les plages. En relation avec les grandes quantités d'ulves échouées, les émanations d'hydrogènes sulfuré peuvent être très abondantes.

Chaque bassin versant a son identité propre : nature des sols, hydrographie, diversité des exploitations agricoles. Pourquoi ne fixe-t-on pas des règles par territoire, voire exploitation, au lieu de seuils généraux ?

Les projets de territoires, qui seront élaborés dans chaque baie touchée par les algues vertes, visent l'atteinte en 2015 d'un objectif de résultat en terme de réduction des concentrations en nitrates dans les cours d'eau des bassins versants concernés. Ainsi, les efforts seront différents selon l'état de la qualité de l'eau dans les baies algues vertes. De même, les objectifs de reconquête des zones humides sont bien spécifiques à chaque baie. Par ailleurs, dans les projets de territoire déposés par les 2 baies pilotes (Baie de Lannion et Baie de Saint-Brieuc), des objectifs individuels seront fixés dans chaque exploitation (par exemple, un objectif d'augmentation de la part d'herbe de 10% à l'échelle de la baie sera réparti différemment entre les exploitation selon leur typologie).

La méthanisation est-elle un moyen d'action ou ne risque-t-elle pas de favoriser encore plus le développement de l'élevage intensif ?

Le développement de la méthanisation dans les baies à algues vertes a été préconisé par le plan comme une solution intégrée de prise en charge des effluents agricoles. Outre la production d'énergie renouvelable et le traitement de déchets, la méthanisation offre des persepctives intéressantes en matière de réduction de l'usage d'engrais minéraux par l'utilisation de digestats en substitution. Par ailleurs, l'exportation de digestats séchés permettra de contribuer à diminuer la pression azotée sur les baies algues vertes. La méthanisation n'est toutefois qu'un des leviers mobilisé par le plan, en complément d'un ensemble de mesures préventives telles que la mise en place d'appels à projets de territoire visant à limiter les flux d'azote vers les côtes, ou l'amélioration du respect des réglementations par des contrôles approfondis.